159333607_3160600757376032_7575594535226851755_n.jpg

Le collier étrangleur, pourquoi c'est mal

Bonjour à tous !

Aujourd’hui j’aimerais vous présenter un article écrit à 4 mains, entre Pauline Schwartz , Ostéopathe en Alsace / Lorraine, diplômée en 5 ans (master II) pratiquant des techniques d'ostéopathie structurelle, viscérale, crânienne, musculaire et tissulaire et moi-même, Gaëlle, fondatrice In Dog We Trust, étudiante cynologiste, 10 ans d’accompagnement de rééducation de chiens réactifs.

C’est un grand article, mais je vous encourage vraiment à prendre le temps de le lire.

Parce qu’à ce jour, trop de refuge, d’association, d’élevage, d’animalerie, de particuliers négligent les effets du collier étrangleur « parce que c’est pratique, parce que bien utilisé ça fait pas mal, parce que…. » et que nous nous devons de militer pour son interdiction, ou au minimum pour que les gens décident d’eux-mêmes de ne pas utiliser ces outils digne des prémisses de la barbarie humaine il y a quelques dizaines d’années…

Typiquement pas plus tard que cette semaine, j’ai été bannie de la page de la SPA du Ch... ici dans le 74 parce que j’ai commenté une publication en leur proposant la rencontre avec des éducateurs bienveillants n’utilisant pas d’outils coercitifs (très poliment) afin de remplacer un éducateur canin dont ils vante t les mérites, qui n’a que ça sur sa page, des étrangleurs.

Il faut que cela change et que les refuges interdisent ces outils dans leurs locaux, et en utilisation chez leurs partenaires.

Alors voici un article complet et détaillé sur tous les effets de ces « petites chaînes inoffensives » que vous adulez tant.

Colliers & comportement : tordre le cou aux idées reçues :
Réflexions ostéopathique & éthologiques/comportementales.

Pauline commence !

Depuis quelques temps on observe une division de plus en plus marquée dans le domaine canin : les « gentils bisounours du positif » qui s'opposent aux « tradi/coercitifs » ; je ne suis pas là pour clore ce chapitre digne de la guerre de Carthage, mais pour parler d'un groupe d'outils qu'on retrouve encore beaucoup : les colliers « coercitifs » . Dans ce petit groupe on va ranger le collier étrangleur/coulissant/sanitaire et le collier torquatus/ à pics, qui impliquent pour leur utilisation d'avoir un chien en laisse avec un humain à l'autre bout. Ces outils sont encore conseillés par certaines personnes dans un but de « dressage » d'un chien présenté comme trop puissants/ difficile et présenté comme « bien utilisé il ne fait pas de mal ». Mais qu'en est-il réellement ?
Dans ce petit article nous allons donc vous parler des conséquences possibles sur le chien d'un point de vue ostéopathique et éthologique.

Partons de la base : un collier se porte autour du cou ; l'encolure est donc la partie qui connecte le crâne (composé lui-même de différents os ainsi que de la mâchoire) au reste du corps.
Sa charpente est constituée des 7 cervicales : la première articulée avec l'occiput (aussi nommé C0), et la dernière C7 articulée avec T1 et la première paire de côtes, elles-mêmes reliées au sternum.
Ce rachis, particulièrement mobile dans cette zone, protège la moelle épinière, véritable « autoroute » nerveuse du corps ; autour de cette moelle on retrouve des enveloppes qui parcours ce conduit vertébral en connectant notamment le crâne au sacrum (os situé à la jonction des lombaires et du bassin, où se termine également la moelle épinière proprement dite).
On peut voir le rachis comme un collier de perles : chaque perle est une vertèbre et le fil est la moelle épinière ; entre chaque « perle » va émerger une paire de nerfs, qui serviront à recevoir ou émettre des informations vers des structures plus éloignées ; leurs fonctions se divisent entre une partie « volontaire » (je tourne la tête à droite) et hors de la volonté (mon cœur bat).

Par-dessus on retrouve différents muscles (plus ou moins développés en fonction de la race et de l'individu : Raoul le pitbull aura une musculature plus imposante que Beverly le chihuahua), qui assurent la mobilité mais aussi la protection de cette zone.

Dans le cou on retrouve aussi des glandes ou organes sécrétoires : les glandes salivaires (pour aider à déglutir la nourriture, mais aussi décorer vos vitres et sols), mais aussi des glandes en lien avec le système hormonal comme la thyroïde ou les parathyroïdes.

À cela viennent s'ajouter différents vaisseaux et conduits :
– vaisseaux du système sanguin : aorte, veine jugulaire (importance : vitale)
– vaisseaux du système lymphatique, impliqué notamment dans l'immunité
– conduits du système respiratoire : la trachée
– conduits du système digestif : l'œsophage
notons que ces structures sont majoritairement situées en ventral de la gorge, et donc exposées à un écrasement entre le collier et les vertèbres !

Maintenant, un petit mot rapide sur quelques principes d'ostéopathie :
– on se base sur un principe d'unité du corps : un problème dans une zone entraînera des conséquences potentiellement à l'autre bout du corps
– notion d'harmonie : toutes les structures doivent pouvoir bouger librement
→ cet article n'étant pas destiné à être un mémoire d'ostéo de 200 pages nous nous limiterons volontairement aux grandes lignes. 

si vous avez déjà vu/ reçu une consultation ostéopathique, vous avez sûrement entendu parler de « dysfonction ostéopathique » : on pourrait la définir par un défaut de mouvement d'une structure dans un ou plusieurs « mouvements »; cette dysfonction peut affecter toutes les structures : la plus connue est la dysfonction articulaire, mais un organe, un tissu, le système vasculaire ou encore le crâne peuvent aussi se trouver en dysfonction ! Une dysfonction peut apparaître suite à de nombreux facteurs :
– facteurs internes, donc provenant du corps lui-même (ex : maladie comme insuffisance rénale),
– facteurs externes, suite à un évènement extérieur (ex : chute d'un balcon)
→ en ajoutant le principe d'unité du corps, vous commencez à voir l'ampleur de la chose !

Revenons-en à nos colliers étrangleurs et torquatus : gardons à l'esprit qu'ils reposent donc sur des structures fragiles et qu'au cours de leur utilisation, ils vont entraîner des impacts plus ou moins violents sur celles-ci.
Dans le cas d'un collier coercitif, on espère influer sur le comportement par une limitation d'abord physique entraînant un inconfort puissant (défaut respiratoire dans le cas du collier étrangleur) ou une douleur (collier à pics) ; notons que ces effets physiques se répercuteront ensuite sur le psychisme de l'individu. Évidemment, il y aura des conséquences plus lourdes en cas d'usage répété ou si on ajoute des saccades sur le collier, mais il suffit d'une seule utilisation et d'un poil de malchance pour se retrouver avec des blessures physiques très sévères voire mortelles !

Il suffit de reprendre la liste des structures présentes dans l'encolure listées plus haut pour imaginer les dégâts possible non seulement sur le moment mais aussi sur le long terme.
Pour le coté purement physique( liste non exhaustive) :
– problèmes de cervicales : douleur, raideur, arthrose précoce, becs de perroquet, hernies discales (fragilisation du disque intervertébral)
– problèmes neurologiques : ataxie, perte de sensibilité ou hypersensibilité ; dans les cas extrêmes paralysie suite à une atteinte de la moelle (« coup du lapin » : mortel)
– problèmes vasculaires :caillots, fragilisation de la paroi des vaisseaux
– problèmes digestifs : fragilisation ou irritation de l'oesophage, défaut de sécrétion de salive entraînant une mauvaise digestion
– problèmes respiratoires : irritation ou déformation de la trachée, mais aussi atteintes du diaphragme (les nerfs destinés au diaphragme émergent entre la 5ème,6ème et 7èmes cervicales)
– problèmes endocriniens (hormonaux) : la thyroïde a un rôle dans de nombreuses fonctions du corps et notamment l'attention et l'agressivité, ironique quand on pense que les colliers coercitifs sont généralement sensés régler un problème comportemental...
– problèmes musculaires : tétanies, hypo ou hyper développement des corps musculaires
→ ajoutez le principe d'unité du corps : une dysfonction entraînant généralement des conséquences dans plusieurs systèmes....on imagine facilement les répercussions sur l'ensemble de l'organisme !

Un exemple : imaginons une dysfonction articulaire entre la cinquième et la sixième cervicale
→ impact sur le diaphragme via le nerf phrénique qui émerge à cet endroit : perte d'endurance, difficulté à retrouver son souffle
→ tétanie donc perte de mobilité des muscles : souplesse de l'encolure réduite via les muscles autours des vertèbres; impact sur les muscles scalènes qui relient les dernières cervicales aux premières côtes, responsables de l'inspiration : aggravation des difficultés respiratoires, inspiration moins ample et moins tonique
→ tensions tissulaires : perte de sensibilité, perte de mobilité entraînant des compressions sur les vaisseaux sanguins et lymphatiques : moins bonne oxygénation de la zone, stagnation de la lymphe et des toxines aggravant les douleurs musculaires ; fragilisation des structures donc risque accru de blessure ….

→ apparitions des dysfonctions « secondaires » entraînées par les différents liens anatomiques : on peut alors parler de chaîne lésionnelle.

Cette réflexion va s'appliquer à chaque petite restriction, donc imaginez l'impact que va produire un outil comme le collier à pics qui, à chaque utilisation, impactera les tissus superficiels par les pointes et les structures plus profondes par la pression exercée....

Maintenant que nous avons détaillé les conséquences physiques liées à l'utilisation de collier étrangleurs ou torquatus, intéressons-nous à l'autre volet qui compose un animal : son mental !

Sources :
– livres d'anatomie « Anatomie comparée des mammifères domestiques » de Robert Barone de tome 1 à 7
– livres d'ostéopathie : « Philosophie et principes mécaniques de l'ostéopathie » de Andrew Taylor Still
– cours & connaissances acquis au cours de 5 ans d'études en ostéopathie animale au sein de l'E.S.A.O

Pour cette partie, je vais reprendre la main, parce que vous en avez pas encore assez de moi il paraît !

Le collier étrangleur, au-delà des dégâts physiques qu’il engendre, peut littéralement bousiller toute sorte d’apprentissage, d’éducation, et associer des actions / évènements négativement.

Le chien fonctionne par association. Comme l’humain pour beaucoup de choses par exemple.

Une association, c’est lier un ressenti, une odeur, une vision, une action,… à une émotion et une réaction. Dans le cadre de l’humain par exemple, vous pouvez passer devant une vitrine, et tomber sur un bol breton avec votre prénom. Cette stimulation visuelle, va engendrer chez vous un souvenir de quand vous alliez chez votre grand-maman, et que tous les matins des vacances elle vous servait vos céréales dedans. Ce souvenir va vous faire vous sentir bien, revivre ce moment agréable. Votre corps va se détendre, vous allez sécréter de la dopamine, l’hormone de la joie, et de l’ocytocine l’hormone du plaisir, et cela va influer sur votre état émotionnel du moment, mais aussi sur celui des prochaines heures, jours. Et encore mieux, vous allez même créer une nouvelle association, avec cette boutique / ce lieu, qui fait que même quand ils auront changé la vitrine, sans le bol breton, en repassant plus tard vous retrouverez les mêmes sensations.

A contrario, moi personnellement, il y a quelques années, j’ai pris une grosse cuite au malibu. Vous savez, cet alcool à la noix de coco. A ce jour, soit je dirais 15 ans plus tard, rien que l’odeur d’un produit de douche à la noix de coco, ou d’un chocolat noix de coco me provoque des relans totalement incontrôlables. J’ai associé cet alcool POURTANT TOTALEMENT INOFENSIF SI BIEN UTILISE, à quelque chose de négatif, et 15 ans plus tard c’est toujours ancré et gravé en moi. Mon corps secrète de l’adrénaline, en mode panique, suite à cette odeur, puis du cortisol, l’hormone du stress.

Pour le chien, ces associations fonctionnent exactement pareil.

Dans le cadre du collier étrangleur, torquatus, le risque premier est donc l’association négative que cela engendre. Le chien porte le collier, puis voit un chien au loin. Il n’y réagit pas forcément négativement, mais tire sur sa laisse pour se rapprocher. La pression négative exercée sur son cou, la sensation d’étranglement, même léger, va engendrer une association négative avec le chien vu au loin. La prochaine fois que vous croiserez un chien, votre chien aura moins cette curiosité positive et agréable, il aura directement l’association « Oh, la dernière fois que j’ai vu un chien, j’ai eu mal / j’ai été en inconfort, c’est que cela doit être dangereux » et pourra se mettre à réagir négativement. Il en est de même pour tous type de stimulus ! Croiser un humain, entendre un bruit, … cela peut générer des centaines d’associations négatives, dont il faudra s’occuper pendant des mois pour les contre conditionner

Evidemment, nos chiens étant des êtres particulièrement résilients, c’est un schéma simpliste fait ici, il faudra un nombre de rencontres, et un niveau de douleur différent pour chaque individu, afin d’en faire une association négative.

Le second risque comportementalement observé dans l’utilisation d’un collier étrangleur, et l’aspect de la punition. Il est démontré scientifiquement, que les chiens ayant été punis, via une intervention physique (dont le collier étrangleur qui n’aurait fait qu’une pression minimale sur le cou, il n’y a pas besoin que le chien s’étouffe, ou de lui mettre des coups de laisse pour qu’il considère cela comme une punition) sont plus aptes à devenir agressif et mordre. Ils produisent l’hormone du stress, le cortisol, en un temps record, comparé aux chiens ayant suivis une éducation positive et bienveillante. L’éducation positive ne se base pas sur des punitions physique, mais des punitions qui amènent un apprentissage. Elle permet d’avoir un cadre, des règles, sans pour autant entraîner de la peur, ou du stress chez l’animal. Dans le rapport d’étude de l’ANSE sur les morsures, il est démontré que les chiens ayant eu une éducation bienveillante sont drastiquement moins soumis à l’agressivité.

Le troisième risque, tout aussi important que ses copains, c’est le fait d’empêcher le chien de communiquer. Un chien, communique également par le déplacement. Beaucoup de chiens rencontrant des problèmes de comportement, sont en laisse courte et en étrangleur. En clientèle, dès les premières séances en passant sur un harnais et une longe, le chien propose des comportements d’évitement, ou d’approche en courbe polie, et les problèmes s’amenuisent. Le collier étrangleur et son utilisation ampute au chien un moyen précieux de communiquer. En arrivant tout essoufflé envers un autre chien, les signaux ne sont pas bons, et cela peut engendrer une bagarre, pour incompréhension.

Le dernier point, et pas des moindres, c’est l’aspect psychique, rejoignant les aspects physiques expliqués par ma collègue plus haut.

L’utilisation de ce collier, pas franchement agréable pour la peau, et générant des tensions, une hypersensibilité va se produire dans la zone du cou. Encore une fois, en reprenant un exemple humain, vous êtes certainement plusieurs à vous être déjà fait une entorse par exemple, et maintenant, même des années après, votre cheville reste plus sensible, plus fragile que celle n’étant pas blessée.

C’est pareil pour le cou du chien. Il y aura eu les tensions physiques, les tensions psychologiques de la punition, et les mauvaises associations avec ce collier autour de son cou. Il peut donc réagir violemment sur une prise au collier « réflexe », de type il veut traverser la route pour courir après un chat, par réflexe vous lui attrapez le collier, et vous finissez avec les deux bras en sang suite morsure. C’est une des morsures que nous observons le plus depuis 3 ans que nous ne récupérons que du chien mordeur : la morsure sur de la prise au collier, et elle est à plus de 90% présente, d’après nos observations sur les chiens que nous récupérons, sur des chiens ayant portés des colliers étrangleurs.

Alors arrêtons de nous chercher des excuses pour l’utilisation d’outils dangereux. C’est clair que c’est plus facile d’étrangler un chien pour pas qu’il tire « en cas d’urgences », c’est aussi plus facile de mettre une gifle à son enfant pour pas qu’il traverse la route sans regarder, après est-ce que l’apprentissage est mieux appris comme ça que pédagogiquement et de façon bienveillante… je vous laisse en tirer vos propres conclusions !

Belle journée à tous : )

https://www.caminteresse.fr/.../hormone-la-principale.../....

https://dailygeekshow.com/mauvais-chien-reflechir.../....

https://www.anses.fr/fr/system/files/SABA2015SA0158Ra.pdf

livre signaux d’apaisement Turid Rugaas